Quelle ville souhaitez-vous ? Quels sont vos rêves les plus fous pour Strasbourg ?

Deux catégories de villes coexistent aujourd’hui, leurs philosophies radicalement différentes s’opposent.

La première est archaïque alors qu’elle se pense moderne. Elle bétonise en lançant des projets pharaoniques pour développer son attractivité économique. Elle goudronne chaque recoin pour dessiner de belles places minérales. Elle « bitumise » chaque no man’s land pour s’étaler en dopant la construction de milliers de logements tout en oubliant les plus démuni·e·s. Elle « asphalte » sa périphérie en transformant les autoroutes en boulevards urbains. Elle « macadamise » des rues et des quais faussement piétonniers pour permettre aux voitures de continuer d’y rouler. Obnubilé par la croissance, la consommation et la compétition économique, elle tire son énergie de la privatisation de l’espace public. Elle semble ignorer complètement que les ressources (et notamment le pétrole) s’épuisent à vitesse grand V, que le réchauffement climatique s’emballe, que la biodiversité s’effondre, que l’air devient irrespirable… Pour se donner bonne conscience, elle saupoudre le tout de quelques graines végétales…

La seconde est visionnaire, pionnière. Elle fait confiance à ses habitants et son tissu associatif pour transformer certains espaces abandonnés en parcs ou en jardins partagés, comme à Berlin. Elle encourage l’expérimentation citoyenne et la ré-appropriation de l’espace public par les habitant·e·s pour transformer ses rues en lieux de rencontre et terrains de jeu, comme à Barcelone. Elle a l’audace d’innover pour faire d’une ancienne autoroute, une promenade végétale, comme à Séoul. Elle optimise chaque m2 pour faire du toit d’un parking un espace de agréable pour ses habitant·e·s, comme à Copenhague ou Lyon. Elle stimule l’intelligence collective au sein de tiers-lieux pour imaginer la ville de demain, comme à Pantin. Elle commence à penser l’après pétrole, l’après voiture. Soucieuse de la préservation du Bien commun, elle végétalise à tout va pour proposer un cadre de vie moins pollué et plus agréable aussi bien pour les yeux que pour la température corporelle. Elle favorise la déambulation et la convivialité afin de goûter à l’essentiel : prendre le temps, savourer l’instant présent, ici et maintenant. Elle dynamise la participation et la co-construction.

Il est grand temps que notre belle ville de Strasbourg quitte la première catégorie pour devenir l’une des leaders de la seconde !
Si vous avez des idées pour booster la place de la nature à Strasbourg, vous pouvez les partager en participant à notre grande enquête :

Vos idées pour développer la nature à Strasbourg

Voici 7 exemples de réalisations inspirantes. De merveilleux exemples à suivre. 🙂

 
 

Un Quartier : les « superilles » ou « superblocks » de Barcelone (2016)

 
Comment transformer un mini-quartier de 9 blocs symétriques en formidable bulle de respiration urbaine dans laquelle les piétons se ré-approprient les rues ? Il suffit d’un peu d’imagination et d’un changement radical de la circulation automobile. Saupoudrez le tout de dizaines d’arbres en pot pour végétaliser le bitume, de petits jardins et d’aires de jeux pour les enfants au centre des intersections et vous obtenez un quartier super chouette à vivre où le lien social et la convivialité entre voisins peut s’exprimer pleinement. Regardez bien cette vidéo et admirez le nombre incroyable d’arbres le long des rues et l’ombre qu’ils génèrent… je rêve d’en avoir autant un jour à Strasbourg ! 😉

 
 

Une Friche industrielle : Prinzesinnengärten à Berlin (2009)

 
Comment transformer une friche de 6 000 m2, un no man’s land abandonné depuis 50 ans, en jardin communautaire urbain avec un extraordinaire potager bio (plus de 500 variétés d’herbes et de légumes), un restaurant végétarien, 8 ruches, un atelier de réparation de vélos, un coin recyclage, un marché aux puces… ? Je vous invite à découvrir Prinzesinnengärten, le « Jardin des princesses » à Berlin. Au programme de ce laboratoire urbain d’innovations : initiation à la pratique du jardinage et à l’agriculture biologique, participation possible à la gestion du jardin et convivialité entre habitants du quartier. 🙂

 
 

Le toit d’un Parking : Copenhague (2016) et Lyon (printemps 2019)

 
Comment imaginer un parking qui ne soit pas uniquement un espace utilitaire visant à empiler des véhicules ? À Copenhague, le toit du Park’n’Play est une fantastique aire de jeu de 2 400 m2  offrant une fabuleuse vue sur le port et la ville à plus de 24 mètres de haut. Balançoires, barres fixes, structures à escalader, trampolines… tout à été pensé pour que les enfants (et ados) se défoulent pendant que leurs parents se détendent sur des bancs à dossier haut pour les abriter du vent. Quelques plantations viennent verdir le tout. Cette réalisation est vraiment brillante et bluffante. Personnellement, j’aurai vraiment adoré qu’une telle structure ait vu le jour sur le toit de la Médiathèque Malraux ou au-dessus de Rivétoile. Pas vous ?

 

Comment transformer le toit d’un parking en parc public avec une buvette ? Le parking des Halles à Lyon est le plus vieux de la ville. C’est aussi l’un des rares à ne pas être en sous-sol. Le toit va devenir courant 2019 un Rooftop où il fera bon prendre un verre en terrasse tout en profitant d’une sacrée vue sur Lyon. Voilà une réhabilitation aussi audacieuse qu’inspirante pour tous les parkings extérieurs !

 
 

Une Autoroute : Séoul (2017)

 
Comment transformer une ancienne autoroute urbaine délaissée depuis 10 ans en jardin suspendu ? La ville de Séoul s’est inspirée de la High line de New York pour imaginer cette promenade végétale d’un kilomètre, à 17 mètres de haut, en plein coeur de la ville. Une belle balade pour profiter des 24 000 plantations et des 228 espèces de végétaux différents. Très entreprenant pour développer la place de la nature dans sa ville, le maire actuel a pour ambition de planter 12 millions d’arbres (!!!) et de créer un nombre incroyable de voies piétonnières pour relier les principales portes de la ville, soit au total de 170 km de chemins de randonnée traversant Séoul !

 
 

Une ancienne gare marchande : Pantin (2018)

 
Comment transformer une ancienne gare marchande en tiers-lieu innovant pour imaginer la ville de demain ? Comme l’explique Clémence Vazard, sa Responsable, « la Cité Fertile est un terrain d’expérimentation qui s’étend sur 10 000 m2 et qui pendant 3 ans va opérer la transition entre l’ancienne gare marchande et le futur éco-quartier de la ville de Pantin« . Ouvert cet été, ce lieu de transition propose un grand parc avec une buvette où l’on peut goûter la bière brassée sur le site, des terrains de volley et de pétanque, une bibliothèque et un préau où se tiennent des événements. Au printemps 2019, la Cité Fertile ouvrira une grande halle qui accueillera de nombreux événements dédiés à la ville de demain, ainsi q’une grande serre de 800 m2 qui hébergera des projets d’agriculture urbaine.

 
 

Un Aéroport : Tempelhofer Feld à Berlin (2010)

 
Comment transformer un ancien aéroport en un incroyable parc public de 355 hectares où l’on peut cultiver, se balader, courir ou faire du vélo le long d’un circuit de 6 km (les anciennes pistes de décollage/atterrissage), faire du skate acrobatique ou… à voile, du foot ou du volley ? Au sein de ce lieu unique se trouvent les Jardins partagés d’Allmende-Kontor avec leurs 300 jardinières construites à partir de palettes en bois qui s’étalent sur 5 000 m2. Il y règne une ambiance étonnante, fruit des rencontres entre les jardiniers et les nombreux visiteurs. Brunchs et Pique-niques géants de bienvenue pour les réfugié·e·s, cours de langues, de danse ou de Yoga, l’animation est permanente.

La vidéo (en allemand) illustre parfaitement le fantastique sentiment de liberté qui se dégage de cet espace de vie si original.

 
 

À Strasbourg, rien… ou presque !

 
Je ne vois que 3 exemples où nos élu·e·s ont accepté de faire confiance à leurs habitant·e·s : la très réussie piétonisation et la mise en couleurs de la rue du Jeu des enfants (réalisée par l’Association Akpé), la belle initiative Strasbourg ça pousse, et enfin le nouveau budget participatif de la ville pour favoriser les initiatives des Strasbourgeois·e·s dans un esprit de co-construction.

Quel dommage qu’aucun des grands projets de ces dernières années n’aient débouché sur une expérimentation citoyenne, transitoire ou pérenne, boostant la place de la nature en ville !

Fermez les yeux et imaginez tout ce qu’il aurait été possible d’inventer sur les 250 hectares du méga projet des Deux-Rives en lieu et place de tous ces immeubles, pour la plupart assez laids…
Si vous n’avez pas d’idées, j’en suggère quelques unes : une méga-ferme urbaine pour préparer l’autosuffisance alimentaire, un immense parc 10 fois plus grand que l’Orangerie ou Pourtalès, notre Central Park à nous, un grand parking relai pour réduire considérablement le nombre de voitures circulant dans le centre-ville…

Pas mieux du côté de la Manufacture des Tabacs où le bar éphémère de l’été 2018 n’avait pas vraiment une vocation d’exploration de la ville végétale. Ni de celui de l’Hôtel des Postes.

Il ne reste plus qu’à espérer que l’appel à projets pour l’occupation transitoire et l’activation citoyenne des Halles Citadelle (1 760 m2) au sein du site de la Coop accouche d’une lumineuse initiative et que la promesse de la ville « Le projet qui sera retenu devra préfigurer un quartier convivial, écologique et actif, dans un environnement unique. » soit tenue !

 
 
N’oubliez pas de participer à notre grande enquête sur la place de la nature à Strasbourg afin de partager vos idées :

Vos idées pour développer la nature à Strasbourg

 
 

Crédit photo de couverture : Tempelhofer Feld sur le site Visitberlin
 

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