Antinomiques ! À priori, l’urbain et la nature le sont radicalement.

D’un côté, un milieu minéral, aussi maitrisé qu’artificiel, où le roi se nomme béton et la reine asphalte, le tout animé par la baguette « magique » humaine. De l’autre, un environnement végétal, aussi spontané que naturel, où règne la fantastique symbiose entre arbres, fleurs, fruits, légumes et toutes les espèces animales (à l’exception des humains), du moins lorsque nous ne nous en mêlons pas trop.

 
 
 

Quelle place pour la nature en ville au XXIème siècle ?

 
L’explosion de l’urbain se fait généralement au détriment de la nature. Plus une ville s’étend géographiquement, plus elle rogne sur les écosystèmes naturels, et les connexions routières et auto-routières – sans parler des contournements absurdes – aggravent encore la situation. Or, pour ne rien arranger, notre hyper croissance démographique s’accompagne d’une hyper croissance de la population urbaine. Ainsi, en 2018, c’est plus de la moitié de la population mondiale qui vit en ville, soit 3,3 milliards d’individus. Et selon les projections, en 2050, cette proportion passera à 75% lorsque nous atteindrons les 9 à 10 milliards, soit entre 6,75 et 7,5 milliards d’ « homo urbains » ! Inutile de vous faire un dessin, même si les constructions en bois et le recours aux matériaux naturels sont à nouveau à la mode, la masse de béton ne va pas décroitre. La pollution, tant qu’il y aura du pétrole, va continuer d’augmenter, les climatiseurs et les ilots de chaleur vont continuer de se multiplier.

Si la nature a toujours été présente en ville, elle est bien souvent cantonnée aux parcs et squares avec quelques arbres saupoudrés le long des principales avenues et au centre des plus grandes places. Les villes comptent leurs arbres pour revendiquer leur caractère plus ou moins vert, mais il s’agit bien souvent de communication en mode « Green Washing » pour minorer le problème majeur de la pollution atmosphérique, qui fait autant de morts en France que le tabagisme (48 000 personnes chaque année).

  
Lorsque les températures sont de plus en plus caniculaires et la pollution de plus en plus mortifère, il devient urgent d’accroitre considérablement la place de la nature en ville. Au-delà de sa dimension purement esthétique, elle devient tout simplement… vitale !

Pour 3 raisons principales :

1 – Les arbres (et toute forme de végétation) captent le CO2 sur-abondant en milieu urbain et le transforment en O2 essentiel à toute forme de vie et notamment la nôtre.

2 – Les arbres nous protègent par leur ombre des rayons du soleil. Ainsi, en été, leur feuillage transforme les ilots de chaleur urbains en ilots de fraicheur. Dans une ville comme Montréal divisée en deux parties, l’une très minérale, l’autre très végétale avec sa canopée urbaine, la différence de température en été est de 6°C !

3 – L’agriculture urbaine est une vraie solution à développer à très grande échelle pour viser un jour (assez proche, pas dans 20 ou 30 ans) l’auto-suffisance alimentaire. Cette dernière sera indispensable le jour où il n’y aura plus de pétrole. Il sera alors indispensable d’être résilient et de ne plus dépendre de l’approvisionnement à flux tendu de nos super/hyper-marchés.  Notre consommation alimentaire se fait aujourd’hui en mode hebdomadaire voire quotidien. Nous avons complètement perdu l’habitude de stocker. Il suffirait de quelques jours sans acheminement de produits alimentaires (suite à une grève des chauffeurs routiers, à un choc pétrolier grave, à un Krach boursier d’envergure ou à l’effondrement de notre civilisation dans son stade ultime) pour que nos magasins et nos armoires se retrouvent à sec…

 
 
  

De formidables inspirations pour Strasbourg !

 
Agriculture urbaine, toits végétalisés, fermes verticales, mini-forêts en ville… Voici quelques initiatives très inspirantes pour faire de notre belle ville, une ville Oasis, une ville forêt, une ville pionnière, unique, végétale et symbiotique !

Pour plonger dans la végétalisation de l’urbain, je vous propose de visionner la vidéo très intéressante réalisée par l’école AgroParisTech. Ce passionnant voyage entre l’Europe et l’Amérique du Nord présente les projets les plus aboutis, du pâturage d’un troupeau de moutons à Paris au Jardin communautaire urbain « Prinzesinnengärten » de Berlin, en passant par une ferme urbaine en mode rooftop à Montréal.
 

  

Et si nous faisions pousser des mini forêts partout dans notre ville !

Quelle belle surprise ! J’avoue avoir été littéralement bluffé par l’incroyable innovation qui consiste à créer des mini forêts urbaines. Ancien salarié du groupe automobile Toyota, Shubhendu Sharma a changé de vie après avoir croisé la route du docteur Akira Miyawaki, spécialiste mondial réputé dans la restauration d’une végétation naturelle sur sols dégradés, industriels, urbains ou péri-urbains. Shubhendu Sharma a repris la technique de Miyawaki pour créer avec sa société Afforestt des mini forêts en milieu urbain un peu partout dans le monde.
 

  
Comme vous pouvez le découvrir dans la vidéo ci-dessus, il s’agit d’une vraie méthodologie respectueuse de l’extraordinaire richesse de la nature. Shubhendu Sharma procède toujours de la même manière : identification des principales essences d’arbres spécifiques dans la région concernée, réunion des éléments naturels qui rendent la terre la plus fertile possible, recouvrement des plants… Ces Tiny Forests sont jusqu’à 30 fois plus denses que les plantations conventionnelles et ont une action 30 fois supérieure en matière de réduction de bruit et d’absorption de CO2. Grandissant d’un mètre par an, ces forêts sont totalement autonomes en terme de gestion, au bout de 3 ans. Shubhendu Sharma se plait à citer son maître Miyawaki : « The best management for nature is no management ». Et en 10 ans, elles sont aussi denses et développées qu’une forêt de… 100 ans, le tout sans aucun intrant chimique.

Si vous avez lu ma tribune publiée sur Rue89 Strasbourg le 9 novembre dernier, vous comprendrez que notre rêve pourrait devenir réalité un jour ! 😉
 

« Il était une fois une ville Végétale et Symbiotique. Une ville forêt où les arbres jaillissent en faisant exploser les dalles de béton. Une ville où les vélos et les piétons ne croisent plus ni voitures, ni camions. Une ville respirable où les cours des écoles se transforment en jardins, où les rues et les toits deviennent des potagers. Une ville où le végétal et l’animal s’affranchissent du minéral, où le vivant devient aussi fleurissant que papillonnant.« 

 

Encore mieux que le circuit court !

Lorsque l’on fait attention à la qualité de son alimentation comme à la santé de notre planète, manger local devient une évidence. Les circuits courts permettent de réduire considérablement l’empreinte carbone. Les Canadiens de IGA – Frais du toit sont allés au bout de la logique en cultivant leurs fruits et légumes directement sur le toit de leur supermarché pour proposer à leurs client·e·s des produits hyper frais, cueillis le jour-même.
 

  
De leur côté, les Berlinois de la ferme urbaine Eco Friendly Farm misent sur l’aquaponie pour cultiver en ville et proposer par la même occasion du poisson frais. L’eau des bassins où évoluent les poissons alimente directement en mode circulaire l’eau utilisée pour la culture des fruits et légumes, les déjections des poissons servant d’engrais naturel pour les plantes.
 

  

La ferme urbaine de Grenoble

Maire de Grenoble, Eric Piolle fait assurément partie des élus locaux les plus actifs. Il s’est notamment fait connaitre par sa décision emblématique de supprimer tous les panneaux publicitaires dans sa ville, se coupant par la même occasion de recettes conséquentes. Très engagé sur la cause des sans abris, il a encore fait parler de lui récemment en interpellant directement en vidéo le patron de Total pour l’inviter à limiter ses émissions de gaz à effet de serre. Dans la vidéo ci-dessous, il présente la première ferme urbaine de sa ville qui produira une quarantaine de fruits et légumes tout au long de l’année. Il promeut ainsi le bio de saison, le local et le goût en visant à terme l’autonomie alimentaire. Il indique notamment que « Les 100 plus grandes aires urbaines n’ont que 2% d’autonomie alimentaire. 98% est importée. » Selon lui, « La ville de demain c’est une ville qui ne sera plus juste un lieu de consommation, mais aussi un lieu de production et de lien social autour de cette production. »

 

  

Les fermes verticales au Japon

Sur l’Archipel nippon, la surface agricole est 6 fois plus faible qu’en France pour une population quasiment deux fois plus nombreuse (127 millions d’habitants). L’agriculture verticale dans les villes a au Japon un double intérêt. C’est à la fois un moyen de répondre à la densité urbaine et une solution « saine » très rassurante pour les japonais·e·s encore traumatisé·e·s par la catastrophe de Fukushima, l’agriculture naturelle étant en partie contaminée. Ces fermes verticales fonctionnent un peu comme des laboratoires pharmaceutiques. Les plantes y évoluent dans un milieu stérile, 100% aseptisé, éclairées par des néons. Si cette agriculture peut donc se passer de pesticides, et c’est tant mieux, elle est fortement énergivore et le goût ne semble pas toujours au rendez-vous.
 

 
 
  

Détroit, la ville post effondrement ?

 
Si vous êtes curieux·euse de savoir à quoi pourrait bien ressembler la ville d’après effondrement (celui de notre civilisation), il est grand temps de découvrir l’incroyable aventure de Détroit aux États-Unis. Siège des grands constructeurs automobiles américains Ford, Packard, Dodge, Chrysler, « the Motor City » ou « Motown » a vu sa population passer entre 1900 et 1930 de 265 000 habitant·e·s à plus d’1,5 million. Ville la plus prospère du pays au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Détroit a connu son apogée en 1950 avec une population de 1 850 000 habitant·e·s et des salaires supérieurs de 25% à la moyenne des États-Unis, avant de connaitre un profond déclin . En 40 ans, la ville a perdu la moitié de ses habitant·e·s en passant de 1,5 millions en 1970 à 713 000 habitant·e·s en 2010…

Détroit doit sa renaissance au développement de l’agriculture urbaine et aux mouvements autonomes d’autogestion fondés sur le « Do it ourselves » (« faisons-le nous-mêmes ») et la consommation collaborative. En l’absence de commerces alimentaires, les habitant·e·s se sont retroussés les manches pour cultiver les jardins et terrains laissés à l’abandon pour en faire des jardins communautaires improvisés.
 

  
Détroit est donc un exemple pour le moins éloquent de l’effondrement d’un territoire qui puisait sa richesse et son développement économique de la voiture toute puissante. Symbole de l’automobile triomphante, de la croissance et de la consommation, Détroit est devenu celui de la déshérence urbaine, la capitale des “shrinking cities”, ces villes en déclin qui rétrécissent. Lorsque les centres commerciaux, hôtels et banques ont été désertés et laissés à l’abandon dans les années 1970, le paysage était post-apocalyptique. En 2013, croulant sous une dette record de 18,5 milliards de dollars, Détroit se déclare même en faillite !

C’est donc le retour à la terre, à l’essentiel, et l’adoption d’un mode de fonctionnement collaboratif qui ont permis aux habitant·e·s de Détroit de sortir la tête de l’eau.

Ou quand l’entraide et la frugalité finissent par l’emporter sur la compétition et l’hyper-consomation ! L’histoire de Détroit nous offre une bien belle leçon de vie, aussi précieuse qu’inspirante pour faire de Strasbourg une ville plus humaine, plus équitable, plus collaborative, végétale, auto-suffisante et donc résiliente.

Détroit n’est pas un exemple unique de l’incroyable puissance de l’énergie citoyenne. Connaissez-vous Todmorden ? Petite ville du nord de l’Angleterre, Todmorden fut ravagée par la crise des subprimes en 2008. Les citoyen·ne·s les plus engagé·e·s sont alors passé à l’action pour faire de leur ville un potager géant et gratuit. Ils ont installé des bacs de plantation partout, sur les trottoirs, le parterre de l’hôpital, dans la cour des écoles, devant l’hôtel de police ou la caserne des pompiers, la gare ferroviaire… Tout le monde met la main à la terre et tout le monde peut se servir librement.
 

  
Comme le dit l’une des habitant·e·s : « il faut de la passion et de l’engagement et la… ténacité d’un Rottweiler pour impliquer la collectivité. C’est un travail continuel que vous avez à faire et à refaire. Le chemin est rocailleux et c’est rude, mais la joie de relier les gens est là… c’est fabuleux !« . Le mouvement citoyen des « Incroyables Comestibles » (Incredible Edible) de Todmorden représente un véritable virus qui a fait des petits en Angleterre et un peu partout dans le monde : Canada, Australie, Hong Kong…
 
À nous, citoyennes et citoyens de Strasbourg de passer nous aussi en mode « Do it ourselves » (« faisons-le nous-mêmes »). Et cela commence dès dimanche (le 2 décembre) avec notre première grande opération dédiée à la place de la nature en ville. Inscrivez-vous vite !
 
Go ! 🙂
 
 

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