À la vue du titre, cet article pourrait vous sembler assez loin des grands enjeux de la ville et de l’aventure Strasbourg GO à proprement parler, et pourtant…
Nous vivons bel et bien un moment historique tant sur le plan écologique, avec la mobilisation mondiale de la jeunesse pour le climat, que sur le plan social et démocratique, avec le mouvement des Gilets Jaunes et leur souhait de mettre en place le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne). Or, l’ambition de notre mouvement citoyen est justement de faire de Strasbourg une ville écologique, collaborative et humaine ! Il nous a donc paru indispensable de faire le point sur les exigences légitimes de nos jeunes pour préserver enfin notre planète. Prendre soin de notre environnement, cela commence par notre cadre de vie, celui de notre ville.
Si vous nous suivez depuis le début, vous savez que nous avons consacré le mois de décembre dernier à la place de la nature en ville. Et, notre prochain événement public, le 21 mars 2019, sera dédié à la qualité de l’air que nous respirons à Strasbourg. Et pour finir, cet article s’inscrit dans le prolongement direct de notre dernier article sur les nouvelles formes d’éducation.
 
Nous avons décidé de partager dans cet article les différent·e·s manifestes/tribunes (ceux des jeunes Français, celui des enseignant·e·s et celui des scientifiques qui les soutiennent) repris·e·s dans leur intégralité (à une exception près) en italique turquoise pour vous permettre de prendre conscience de leur puissance et de la manière dont ils se répondent les uns aux autres. À l’exception de celui des étudiant·e·s des grandes écoles françaises qui date de novembre, les 3 autres ont été publiés ces deux derniers mois et appellent tous les trois à manifester lors de la grève mondiale sur le climat le 15 mars prochain. L’équipe Strasbourg GO y sera ! Joignez-vous à nous pour vivre ensemble ce moment historique. 😉
 
Enfin, rendons à Greta, ce qui appartient à Greta… impossible de ne pas mettre en avant la figure de proue de ce mouvement mondial, la jeune Suédoise de 16 ans, Greta Thunberg. Vous pourrez la (re)découvrir dans plusieurs vidéos impactantes.
3 lectures vous sont donc proposées : la première uniquement informative (sans lire les manifestes, ce serait dommage, ni visionner les vidéos), la seconde avec les manifestes et la 3ème, pour les plus courageux·euses d’entre vous (ça vaut vraiment le coup), avec les vidéos.

BONNE LECTURE ! 🙂

 

Épuisement des ressources, dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité… Notre civilisation vit un moment clé, les défis environnementaux et sociaux qui se présentent à nous sont immenses.

Nous sommes de plus en plus nombreux·euses aujourd’hui à nous demander quelle planète nous allons laisser à nos enfants. Si cette question est assez légitime, surtout lorsque nous sommes parents, une autre question tout aussi judicieuse mérite d’être posée :

Quels enfants laisserons-nous à la planète ?

Cette question, c’est celle qui guide la pédagogie imaginée par Isabelle Peloux à l’École du Colibri, hébergée au sein du Centre Agroécologique « Les Amanins » de Pierre Rabhi dans la Drôme.

 
Après les différentes marches pour le climat lancées à l’automne et l’action historique en justice « L’Affaire du Siècle » engagée par 4 associations contre l’État français (Notre Affaire à Tous, la Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France), ça bouillonne aussi dans le monde des acteurs·trices français·e·s de l’éducation, du côté des élèves forcément, mais aussi de celui des enseignant·e·s et ça c’est un sacré signe ! Un formidable vent de révolte social et écologique (loin d’être opposés, les deux sont intimement liés) souffle actuellement dans notre pays et dans le monde.

 
 

À quoi ça sert d’apprendre si l’avenir n’est plus assuré ? Les Jeunes du monde en grève !

 
À moins de vivre au fond d’une grotte, vous avez forcément déjà entendu parler de Greta Thunberg, cette adolescente suédoise de 16 ans qui a initié une « grève de l’école pour le climat » devant le Parlement de son pays tous les vendredis suite à la vague de chaleur historique et aux violents incendies que la Suède a connu à l’été 2018. Elle exige que le gouvernement suédois réduise les émissions de carbone pour respecter l’accord de Paris. Après avoir fait le buzz sur les médias sociaux, elle s’est fait connaitre du monde entier lors de la dernière COP en Pologne. Et elle a remis ça début 2019 lors du Forum économique de Davos. La maturité et la puissance de son message sont impressionnants. Puisse-t-il être réellement entendu par les dirigeant·e·s de notre monde !

 

Son appel à la jeunesse du monde entier à suivre son exemple commence à porter ses fruits depuis le début de l’année. Des manifestations ont rassemblé des dizaines de milliers de jeunes aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas et en Belgique les dernières semaines. À Bruxelles, ces marches initiées par deux adolescentes, Anuna de Wever et Kyra Gantois, ont réuni 3 000 éléves et étudiant·e·s le jeudi 10 janvier, 13 000 le jeudi 17 janvier et… 35 000 le jeudi 24 janvier !

 

Et ça commence à bouger en France et même à Strasbourg ou un groupe « La jeunesse pour le climat » (« Youth for climate ») s’est récemment constitué avec notamment une page Facebook.

 
 

Les Étudiant·e·s français·e·s s’inquiètent de l’état de notre planète

 
La quête de sens de nos jeunes est plus importante que jamais.

Nous connaissions déjà le phénomène de conversion d’ancien·ne·s diplomé·e·s des plus grandes écoles qui abandonnent leurs « bullshit jobs » (ou « jobs à la con »), pour embrasser l’artisanat, les professions de cavistes, fromagers·ères ou patissiers·ères, se tourner vers l’Économie Sociale et Solidaire ou encore retrouver le contact avec la terre. Le concept de « Bullshit Jobs » a été créé par l’anthropologue américain David Graeber. En France, c’est le journaliste Jean-Laurent Cassely qui a étudié cette tendance dans son livre « La Révolte des premiers de la classe« .

Depuis quelques mois, c’est une nouvelle préoccupation qui anime nos jeunes : l’état de notre planète et le rôle qu’ils·elles souhaitent jouer dans l’indispensable transition écologique.

 
 

Le « Manifeste étudiant pour un réveil écologique » (septembre 2018)

 

La mobilisation écologique de nos jeunes a commencé l’an dernier, en septembre 2018 avec… les étudiant·e·s de nos écoles les plus prestigieuses ! Si nous sommes habitué·e·s dans notre pays à voir les Universités se mobiliser, une initiative lancée par nos grandes écoles est assez inédite !

Ce sont plus de 26 000 étudiant·e·s d’HEC, des Mines, de Polytechnique, d’AgroParisTech ou de Sciences Po qui ont publié le “Manifeste étudiant pour un réveil écologique” dont voici quelques extraits assez évocateurs de la prise de conscience de nos étudiant·e·s :

 

« Nous, étudiants en 2018, faisons le constat suivant : malgré les multiples appels de la communauté scientifique, malgré les changements irréversibles d’ores-et-déjà observés à travers le monde, nos sociétés continuent leur trajectoire vers une catastrophe environnementale et humaine. 

… Le fonctionnement actuel de nos sociétés modernes, fondé sur la croissance du PIB sans réelle considération des manques de cet indicateur, est responsable au premier chef des problèmes environnementaux et des crises sociales qui en découlent. Nos systèmes économiques n’ont toujours pas intégré la finitude des ressources ni l’irréversibilité de certaines dégradations écologiques ; ils ignorent jusqu’à leur propre fragilité face aux dérèglements environnementaux et au creusement des inégalités. Nos systèmes politiques, contraints par l’expression d’intérêts contradictoires souvent éloignés de l’intérêt général, peinent à proposer une vision à long terme et à prendre des décisions ambitieuses effectives pour un renouveau de société. Nos systèmes idéologiques, enfin, valorisent des comportements individualistes de recherche du profit et de consommation sans limite, nous conduisant à considérer comme « normaux » des modes de vie pourtant loin d’être soutenables. Nous nous bornons au mieux à l’ignorance, au pire au déni. 

… Face à l’ampleur du défi, nous avons conscience que les engagements individuels, bien que louables, ne suffiront pas. En effet, à quoi cela rime-t-il de se déplacer à vélo, quand on travaille par ailleurs pour une entreprise dont l’activité contribue à l’accélération du changement climatique ou de l’épuisement des ressources ? 

… Nous, futurs travailleurs, sommes prêts à questionner notre zone de confort pour que la société change profondément.

Nous souhaitons profiter de la marge d’action dont nous bénéficions en tant qu’étudiants en nous tournant vers les employeurs que nous estimerons en accord avec nos revendications exprimées dans ce manifeste. Nous affirmons qu’il est possible de bien vivre sans sombrer ni dans l’ultra-consommation ni dans le dénuement total ; que l’économie doit être consciente de sa dépendance à son environnement pour être pérenne ; et que la réponse aux problèmes environnementaux est cruciale pour la réduction des inégalités et des risques de conflits. La société que nous voulons n’est pas une société plus dure, plus triste, de privation subie ; c’est une société plus sereine, plus agréable, de ralentissement choisi. En effet, le ralentissement des destructions causées par notre modèle économique n’est pas incompatible avec le bien-être humain, au contraire. C’est pour toutes ces raisons que les entreprises doivent accepter de placer les logiques écologiques au cœur de leur organisation et de leurs activités.

En tant que citoyens, en tant que consommateurs, en tant que travailleurs, nous affirmons donc dans ce manifeste notre détermination à changer un système économique en lequel nous ne croyons plus. Nous sommes conscients que cela impliquera un changement de nos modes de vie, car cela est nécessaire : il est grand temps de prendre les mesures qui s’imposent et de cesser de vivre au-dessus de nos moyens, à crédit de la planète, des autres peuples et des générations futures. Nous avons besoin d’un nouvel objectif que celui du maintien à tout prix de notre capacité à consommer des biens et des services dont nous pourrions nous passer. Nous devons placer la transition écologique au cœur de notre projet de société. Pour y parvenir, un élan collectif doit naître. Et puisque l’ampleur du chantier nécessite toutes les énergies, nous sommes prêts à mobiliser la nôtre, avec enthousiasme et détermination. Nous souhaitons, par notre mobilisation, inciter tous les acteurs de la société – les pouvoirs publics, les entreprises, les particuliers et les associations – à jouer leur rôle dans cette grande transformation et à mener les changements nécessaires vers une société enfin soutenable. »

 

Dans la même veine, je vous invite à écouter attentivement le message incroyablement puissant de Clément Choisne qui a pris la parole lors de la cérémonie de remise des diplômes de son école, la prestigieuse Centrale Nantes, le 30 novembre 2018 : capitalisme, sur-consommation, sobriété et décroissance, obsolescence programmée… tout y est, avec au passage une petite pique adressée directement au directeur de l’école !

 
 

Le « Manifeste de la jeunesse pour le climat » (février 2019)

 
Au début du mois de février, un autre Manifeste a été rédigé, le « Manifeste de la jeunesse pour le climat » à l’issue de l’assemblée générale inter-fac organisée le  8 février 2019 par plusieurs associations étudiantes parisiennes écolos en vue de lancer le mouvement de grève pour l’environnement de la jeunesse reconduite chaque vendredi à partir du 15 février. Là encore, un texte puissant avec une invitation à soutenir les Gilets Jaunes et même des devoirs pour nos gouvernants !

 

« Nous, la jeunesse, sommes né.e.s dans un modèle de société mondialisé responsable de la catastrophe environnementale et sociale actuelle, et c’est notre futur qui se dérobe sous nos yeux.

Heureusement, quelque chose se passe aujourd’hui. Une colère verte gronde sur fond de désordres écologiques toujours plus visibles. La démission de Nicolas Hulot, les impressionnants chiffres de participation aux marches pour le climat, l’État français porté en justice pour «inaction climatique» par plus de deux millions de ses citoyen.ne.s, tandis que les gens affirment qu’«On est prêt» et qu’«Il est encore temps» : les événements récents confirment que le mouvement écologiste prend de l’ampleur.

La jeunesse se mobilise elle aussi : ces dernières semaines, les grèves scolaires pour le climat en Suède, en Australie, en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas et en Belgique en témoignent. De plus, en France, le mouvement des Gilets jaunes revendique un système social plus juste, et a permis d’engager un nouveau rapport de force. Tous ces mouvements montrent l’urgence d’une transformation globale où questions sociale et écologique fusionnent pour devenir le projet du XXIe siècle : celui d’un mode de vie et d’un modèle de société viables à terme, incompatibles à tous les niveaux avec le capitalisme, qui ne sera jamais « vert ».

La jeune suédoise Greta Thunberg appelle à la Grève mondiale de la jeunesse pour le climat le 15 mars prochain. Nous, la jeunesse, consciente de l’urgence climatique, allons commencer sans attendre la mobilisation à Paris suivant le principe du mouvement mondial Fridays for future (Les vendredis pour l’avenir), en reconduisant la grève tous les vendredis à partir du 15 février.

À ceux qui s’appliquent à détruire ce monde et prétendent faire preuve de «pédagogie», nous entendons donner une leçon : chaque vendredi, nous présenterons une revendication impérative afin d’éviter le désastre écologique. Vous, dirigeants et dirigeantes aurez des devoirs à faire, et nous donnerons une semaine à l’État pour mettre en place notre proposition. Si ces devoirs ne sont pas rendus avant le vendredi suivant, vous serez sanctionnés : nous entrerons en résistance, car face à l’inaction politique la seule solution est la désobéissance civile. Soyez prêt.e.s pour l’examen du 15 mars. En parallèle, nous présenterons des alternatives citoyennes allant dans le sens de ces propositions et les mettrons en pratique.

Chaque vendredi, nous nous réunirons donc en assemblées locales le matin, avant de nous rejoindre pour une action commune l’après-midi. Soyons le plus nombreu.se.x possible afin de montrer aux dirigeant.e.s que nous n’acceptons plus ce système destructeur de l’environnement. Portons collectivement ce combat jusqu’à ce que cesse l’inaction politique face au dérèglement climatique.

Chaque samedi, nous vous invitons à rejoindre les Gilets jaunes dans leurs manifestations contre ce système qui ravage l’environnement. Vendredi vert, samedi jaune…

Nous sommes tou.te.s concerné.e.s par cette mobilisation : nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend!

Pour ce vendredi 15 février, nous proposons au gouvernement de réviser les bases avec une première leçon.

Le dérèglement climatique ainsi que les bouleversements sociaux et environnementaux auxquels nous nous confrontons nécessitent une considération systémique et ne peuvent se réduire au périmètre du ministère de la Transition écologique et solidaire. C’est pourquoi nous appelons le gouvernement français à prendre ses responsabilités et à déclarer l’état d’urgence écologique et sociale afin de débloquer un plan interministériel à la hauteur des risques encourus.

Cet état d’urgence devra faire un constat clair de la situation dans laquelle nous nous trouvons en reconnaissant l’ampleur des dérèglements enclenchées par nos activités tout en mentionnant le manque de moyens déployés jusqu’à maintenant. Il devra notamment consister en une communication intense sur le sujet via la diffusion de spots d’information publics et l’instauration de programmes scolaires à la hauteur des enjeux, ainsi qu’en l’inscription dans l’article 1 de la Constitution du fait que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique, sociale, solidaire et écologique. »

Suite à cet état des lieux, une réaction immédiate devra être entreprise.
Nous appelons le gouvernement à débloquer des moyens exceptionnels et contraignants pour s’engager dans la voie d’une réduction annuelle de 4% d’émissions de gaz à effet de serre afin de s’aligner sur l’Accord de Paris et de lutter contre le dérèglement climatique et ses conséquences sur notre monde.

Si le gouvernement persiste dans son manque de volonté et maintient ses notes aussi proches de 0, un conseil de discipline sera organisé pour envisager une réorientation.

Face à la catastrophe, cet enseignement est celui de notre futur, l’échec n’est donc pas une option. Nous saurons vous le rappeler incessamment.

Nous donnons rendez-vous à tous les grévistes, ce vendredi 15 février à 14 heures, devant le ministère de la Transition écologique et solidaire pour le premier rendu des copies. »

 
 

Les enseignant·e·s aussi !

 
En France, Greta Thunberg a aussi inspiré le « collectif d’enseignant·e·s pour la planète » qui a lancé dans une tribune publiée sur le site Reporterre le 25 janvier 2019 un appel à soutenir la grève prévue le 15 mars 2019.

 

« L’urgence écologique n’est plus à démontrer. Elle est à enseigner, et elle doit nous mobiliser à chaque instant, dans nos salles de classe, salles des profs mais aussi dans la rue et dans nos luttes! C’est le sens de la création de ce collectif Enseignant·e·s pour la planète. 

Greta Thunberg a 15 ans, et elle fait la grève de l’école : elle dit que rien ne sert d’étudier si la planète agonise. Greta a raison : elle, qui pourrait être l’une de nos élèves, nous ouvre les yeux.

Nous, enseignant.e.s, avons une responsabilité majeure : ce que dit cette jeune fille, sur l’urgence absolue d’agir face à une crise écologique et humanitaire sans précédent, nous le savons. Les médias, les scientifiques nous l’ont assez répété. Nous le savons mais nous nous taisons. Dans nos salles de classe, nous avons accepté trop longtemps d’enseigner le «développement durable», entretenant chez les élèves l’illusion que la situation était sous contrôle, prise au sérieux par les gouvernements du monde. Au contraire, nos élèves doivent savoir que les gouvernements actuels, tout en jouissant des bénéfices des énergies fossiles, leur laissent le fardeau du dérèglement climatique. Nos élèves doivent savoir qu’ils devront probablement subir leur avenir et non le choisir, à cause de l’inaction criminelle des gouvernements passés et présents.

Car la crise n’a pas été empêchée : canicule, sécheresse, inondations, migrations, déstabilisations politiques ou encore effondrement de la biodiversité tissent désormais la trame de l’actualité dans le monde, et nous constatons avec effroi que le discours institutionnel, le contenu des programmes n’en dit pas un mot : tout se passe dans l’Éducation nationale comme si rien ne se passait sur Terre.

Face à ce constat, nous déclarons que nous ne voulons plus être les instruments d’une propagande rassurante, qui rend invisible la catastrophe écologique. Nous devons au contraire dire à nos élèves que la situation est gravissime, sur le climat qui s’emballe, la biodiversité qui disparaît, la pollution qui pénètre jusque dans nos cellules, et qu’aucun diplôme ni aucune formation ne les protégera contre cela. Parce que nous avons leur confiance, nous devons leur faire prendre la mesure de ce qui est en train de se passer. Parce que nous sommes des pédagogues, nous saurons trouver les mots. Nul ne pense à faire sombrer les élèves dans la panique : au contraire, nous devons plus que jamais leur montrer que les savoirs et les savoir-faire sont des ressources pour comprendre, penser et réagir face à l’effondrement. » …  « Le printemps 2019 sera l’une de nos dernières chances d’agir : d’ores et déjà, nous appelons tou.te.s nos collègues, du primaire, du secondaire et du supérieur, enseignant.e.s, agent.e.s, personnel administratif… à participer à la grève internationale des étudiant.e.s et des lycéen.ne.s le 15 mars prochain et à reconduire le mouvement jusqu’à obtenir les changements profonds qui s’imposent. »

 
 

 Le soutien de 300 Scientifiques

 
300 scientifiques Belges, Suisses et Français, représentant différentes disciplines viennent de publier une tribune dans le média belge « Le Soir » pour appeler à soutenir la grève climatique mondiale du 15 mars pour le climat. Ils partagent leur immense désarroi et reconnaissent leur impuissance face à l’inertie absolue des « décideurs » du monde…

 

« Nous sommes des scientifiques et universitaires de diverses disciplines. Depuis des années, nos travaux disent des vérités difficiles à entendre sur l’état de la planète et du monde, et en particulier sur la menace existentielle que représentent les bouleversements climatiques et la destruction de la biodiversité. Nous avons en premier lieu fait notre travail : investiguer et documenter, tester des hypothèses et construire des modèles, nourrir à partir de l’évidence scientifique des réflexions sociologiques, économiques, juridiques, historiques et philosophiques, toutes soucieuses des procédures démocratiques. Nous avons ressenti l’angoisse de chercheurs face à l’abîme auquel les confrontent des dangers inédits : ceux des effondrements en cours et probables de la civilisation thermo-industrielle et de l’épuisement de nos ressources naturelles. Alors, nous avons sensibilisé les décideurs. Nous nous sommes parfois faits conseillers du prince. Nous avons construit des ponts avec les forces organisées dans la société civile, sensibles à la cause écologique. Nous avons alerté mille fois l’opinion publique et les citoyens. Nous avons nourri le débat public, ouvert la science à l’expertise citoyenne. Nous avons tout essayé. Et pourtant…

Le péril ne cesse de croître, et se dérobe même ce qui sauve ! Jamais en effet l’abîme n’aura été si béant entre ceux qui tiennent le manche, décident de l’orientation à prendre, et ceux qui souffriront de l’obstination des premiers à ne pas voir l’effritement physique et biologique du monde autour d’eux. Figurent parmi les premiers les actuels détenteurs du pouvoir économique, ceux pour qui seul compte de vendre plus, quel que soit ce qui est vendu et ses conséquences ; ceux qui maintiennent des procédures biaisées d’évaluation du risque des pesticides et autres substances dangereuses ; ceux qui proposent des investissements juteux dans les produits fossiles. Y figurent encore moult dirigeants, ceux qui depuis des décennies ont bradé le pouvoir de régulation des États, ceux qui signent des accords commerciaux multilatéraux assortis d’une justice féodale à la solde de géants industriels ; ceux qui orientent la colère des foules vers des cibles trompeuses ou secondaires. A l’opposé se situent tous ceux qui pâtiront de l’obstination des premiers. Ce sont d’abord les lycéens et les étudiants qui suivent le mot d’ordre de grève climatique de Greta Thunberg ; et au-delà la jeunesse de la planète entière. C’est toute cette partie jeune de la population qui s’angoisse de l’effondrement et se mobilise sur ces sujets, qui voit la civilisation thermo-industrielle et le néo-libéralisme débridé les emporter vers le cauchemar climatique et l’effondrement du vivant.

Or, c’est devenu pour ceux qui possèdent une parcelle de savoir, un impératif moral et politique d’accompagner et d’encourager cette mobilisation de la jeunesse, de chercher avec elle et avec le plus grand nombre des réponses progressives et efficaces aux défis vitaux auxquels nous sommes désormais confrontés.

Nous entendons déjà ceux qui crieront au scandale de la politisation du savoir. Quelle hypocrisie et quel cynisme ! Depuis des décennies, via les technosciences, la production de savoir est trop souvent financée par des intérêts privés purement mercantiles, et quand ce n’est pas le cas, les produits de la recherche sont majoritairement voués à alimenter le seul marché, à empoisonner les écosystèmes et à détruire des emplois, etc. La seule vraie neutralité réside dans les instruments et les méthodes, ceux qui sont mis à profit par les empoisonneurs comme par les lanceurs d’alerte qui en dénoncent les agissements. Épouser et soutenir le mouvement d’une civilisation mortifère, c’est loin d’être neutre. Le dénoncer et le refuser nous paraît simplement constituer un acte citoyen.

C’est pourquoi nous rompons avec le devoir de réserve que nous nous sommes si souvent imposés. Nous soutenons et rejoignons les enseignants comme les chercheurs, femmes et hommes, qui s’engagent à des titres divers auprès de la jeunesse. Nous ferons nous aussi la grève scolaire pour le climat le 15 mars. Nous comprenons un mouvement de désobéissance civile comme Extinction Rebellion, dont la radicalité relève du réflexe de survie. Une radicalité bien faible face à celle de ceux qui veulent nous faire survivre hors sol, ou nous promettent de nous conduire sur Mars, c’est-à-dire sur une planète morte, après avoir rendu la nôtre impropre à la vie ! »

 

Parmi les signataires, des scientifiques de renom comme Dominique Bourg (Université de Lausanne), Jean-Pascal Van Ypersele (UCLouvain et ex Vice-Président du GIEC), Aurélien Barrau (Université de Grenoble-Alpes) ou encore Olivier de Schutter (UCLouvain).

 
 

Greta par-ci, Greta par-là, Greta partout !

 
L’incroyable Greta Thunberg s’est mêlée aux jeunes manifestant·e·s français·e·s le vendredi 22 février et a même rencontré notre Président de la République.

 

Sa dernière intervention devant le Comité Économique et Social Européen le 21 février, après la COP 24 fin 2018 et le Forum économique de Davos début 2019, est une nouvelle fois remarquable de maturité et de sagesse. Dans la vidéo ci-dessous, vous pouvez voir Greta Thunberg lire son discours en présence d’autres jeunes activistes, sous le crépitement des flashs des journalistes venu·e·s la mitrailler, avec tout au fond Jean-Claude Junker, Président de la Commission Européenne, l’écoutant exiger une réduction des émissions de Gaz à effet de serre de 80% d’ici 2030, ce qui est nettement plus ambitieux que l’objectif de 45% de l’Union Européenne !!!

 

Enfin, dans cette dernière vidéo, elle nous raconte son histoire et lance un appel à Emmanuel Macron. (Une petite précision qui s’impose : Greta Thunberg a récemment expliqué via Facebook que contrairement aux rumeurs qui ont circulé, elle écrit bien elle-même ses textes et que si ses parents la soutiennent aujourd’hui, c’est elle qui les a sensibilisé·e·s aux questions de dérèglement climatique et d’effondrement de la biodiversité).

 

Nous vous donnons RDV dans la rue le 15 mars pour la Grève climatique mondiale ! 🙂

 
 
Crédit Photo : RFI

 
 

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