Le danger représenté par la pollution atmosphérique est clairement sous-estimé, notamment en raison de sa quasi invisibilité. Autant les risques liés à la consommation d’alcool ou de tabac et les accidents de la route sont plutôt bien appréhendés et connus du grand public, autant les impacts de l’air que nous respirons tous les jours sont souvent méconnus, voire ignorés. Et pourtant, si la route reste meurtrière avec environ 3 300 victimes par an, elle l’est bien moins que la « Qualité » de l’air responsable chaque année en France de… 67 000 décès prématurés, soit 20 fois plus !!!

Le moins que l’on puisse dire est qu’en décidant  fin février de consacrer le 2ème événement public de Strasbourg GO à la qualité de l’air (« Comment faire de Strasbourg une ville plus respirable ? » à l’Anticafé le 21 mars dernier), nous avons été bien inspiré·e·s.

Depuis un mois, la pollution atmosphérique est un sujet récurrent de l’actualité, notamment au niveau local, avec la récente étude alarmiste sur le nombre réel de victimes de la pollution de l’air le 12 mars, la carte interactive réalisée par Greenpeace-France le 2 avril sur le niveau de pollution auquel sont exposées les crèches et les écoles de Strasbourg et enfin la tribune « Signer une convention c’est bien, passer à l’action c’est mieux » co-signée par Alsace Nature, Alternatiba Strasbourg, ANV-COP21 Strasbourg, Il Est Encore Temps Strasbourg, La Jeunesse pour le Climat Strasbourg et Strasbourg Respire, le 29 mars sur Rue89 Strasbourg.

 
 

Une nouvelle étude qui change tout !

 
Dans notre pays, le chiffre officiel (Santé publique France) était de 48 000 victimes annuelles, ce qui faisait déjà de la pollution atmosphérique la 2ème cause de décès prématurés dans notre pays, derrière le tabagisme (73 000), mais devant l’alcool (41 000) et les accidents de la route. Mais, ça c’était avant, avant les résultats d’une récente étude qui reconnait que le nombre de victimes a été largement sous-estimé. Selon cette étude publiée mardi 12 mars dans l’European Heart Journal, la revue médicale de la Société européenne de cardiologie, les vrais chiffres sont deux fois supérieurs aux dernières estimations officielles. Ainsi, la pollution de l’air serait à l’origine d’environ 800 000 morts prématurées en Europe chaque année (contre 422 000 estimées jusqu’à présent). Et ce sont près de 9 millions d’individus tués au niveau mondial alors que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) tablait sur 4,5 millions de morts. « Pour mettre ces résultats en perspective, cela signifie que la pollution de l’air fait plus de morts chaque année que le tabac, responsable de 7,2 millions de décès selon l’OMS », commente l’un des auteurs, Thomas Münzel, de l’université de Mayence (Allemagne), qui fait remarquer qu’« on peut éviter de fumer, pas de respirer un air pollué. »

Une question légitime s’impose : comment a-t-on pu se planter à ce point ? L’équipe de chercheurs allemands de l’Institut Max-Planck de chimie a élaboré un nouvel outil statistique : le « Global Exposure Mortality Model » (GEMM), plus précis que le « Global Burden of Disease » utilisé par l’OMS. S’appuyant sur plus de 40 études dans 16 pays, ce nouvel outil associe et combine 3 indicateurs : le niveau d’exposition à la pollution, la densité et l’âge des populations, les effets sanitaires.

La surmortalité attribuée à la pollution de l’air en Europe (133 morts pour 100 000 habitants) est supérieure à la moyenne mondiale (120), constatent les chercheurs. « Cela tient à la combinaison d’une piètre qualité de l’air et d’une forte densité de population qui aboutit à une exposition parmi les plus élevées du monde », décrypte Jos Lelieveld, de l’Institut Max-Planck de chimie. En France, le nombre de victimes pour 100 000 habitants est de 105 avec comme conséquence une perte d’espérance de vie de 1,6 années.

Cette étude a établi une seconde surprise de taille : les principales maladies causées par un air toxique ne sont pas pulmonaires, mais cardiovasculaires ! Selon les chercheurs à l’origine de l’étude, 40 % à 80 % des décès sont dus à des infarctus et à des accidents vasculaires cérébraux (AVC). En effet, les particules fines que nous respirons traversent les parois de nos vaisseaux sanguins pour atteindre le coeur et le cerveau !

Pour améliorer la situation, les auteurs de l’étude mettent en avant deux leviers :

  • des normes plus ambitieuses

Les normes actuelles sont dépassées, notamment celles de l’Union Européenne qui fixe pour les particules PM2,5 une limite annuelle d’exposition (25 µg/m3) bien supérieure à celle de l’OMS (10 µg/m3). Les chercheurs invitent l’Europe à aligner sa réglementation sur celle de l’OMS. Mais cela ne suffirait pas… Dans l’idéal, le niveau d’exposition aux PM2,5 ne devrait pas dépasser 2 à 3 µg/m3. Pour Maria Neira, directrice à l’OMS, « ce serait déjà un grand pas si les normes actuelles étaient respectées par les pays et les villes car plus de 90% de la population mondiale respire aujourd’hui un air qui ne respecte pas les limites recommandées pour protéger la santé ».

  • l’abandon d’un modèle de développement fondé sur les énergies fossiles

« Dans la mesure où la plupart des particules fines et des autres polluants de l’air en Europe proviennent de la combustion des énergies fossiles, il est urgent de passer à d’autres sources d’énergie, propres et renouvelables », plaide le professeur Lelieveld.

 

 

Strasbourg est-elle une ville respirable ?

 

La réponse est clairement NON !

Selon l’OMS (Chiffres de 2016), Strasbourg est la 4ème ville la plus polluée en France, derrière Paris, Marseille et Lille et devant Montpellier, Nice, Bordeaux, Lyon, Le Havre et Nantes. Avec 16 µg/m3 , nous sommes bien au-delà de la limite de l’OMS et à des années lumière du niveau d’exposition idéal… Et le plus inquiétant c’est que nous ne parlons ici que des particules PM2,5 et non des particules ultra fines (PM0,1) encore plus dangereuses selon le cardiologue Thomas Bourdrel, Président du collectif Strasbourg Respire, qui était l’un de nos invité·e·s le 21 mars dernier à l’occasion de notre événement « Comment faire de Strasbourg une ville plus respirable ? ». Il a indiqué que sur certains axes (Avenue du Rhin, Avenue des Vosges) respirer l’air de notre ville revenait à fumer 10 cigarettes par jour !

Quelle place occuperions-nous dans le sinistre classement de l’OMS si Strasbourg n’était pas la capitale française du vélo ? Et dire qu’avec le GCO, la transformation de l’A35 en boulevard urbain et la réouverture prochaine de l’incinérateur Sénerval, la toxicité de l’air strasbourgeois va encore s’aggraver…

Pour être incollable sur la pollution atmosphérique, nous vous invitons à visionner l’intervention de Thomas Bourdrel :

 

Quelle est la qualité de l’air respiré par votre/vos enfant(s) tous les jours à l’école/la crèche ?

En combinant la carte de la pollution de l’air extérieur au dioxyde d’azote (NO2) produite par Atmo Grand Est en 2017 et les localisations des crèches et écoles, Greenpeace a pu établir les niveaux annuels de dioxyde d’azote atteints autour de chaque établissement. 126 écoles et crèches (soit 34% des établissements) se trouvent à moins de 200 mètres d’une zone extrêmement polluée et 20 établissements (5%) à moins de 50 mètres.

 

Cliquez sur la carte pour accéder directement à la version interactive et connaître la qualité de l’air autour de l’école (ou la crèche) dans laquelle se trouve(nt) votre ou vos enfant(s).

 
 

Quelles solutions ?

 
Parmi les 10 propositions faites par Alsace Nature, Alternatiba Strasbourg, ANV-COP21 Strasbourg, Il Est Encore Temps Strasbourg, La Jeunesse pour le Climat Strasbourg et Strasbourg Respire dans leur tribune collective du 29 mars dernier, 4 visent directement l’amélioration de la qualité de l’air strasbourgeois :

  • Restreindre la circulation et la pollution des véhicules thermiques en ville par la mise en place d’une Zone à Faible Émission (ZFE) pour les véhicules les plus polluants, et d’une zone 30 km/h généralisée pour réduire les émissions de GES.
  • Convertir la flotte de véhicules municipaux en vélos et vélos-cargos, dans la mesure du possible.
  • Lutter contre la pollution de l’air en déclenchant l’alerte et en rendant les transport en commun gratuits pour tous dès le 2e jour de dépassement des seuils OMS (parfois plus stricts que ceux de l’Union Européenne).
  • Doubler la superficie des pistes cyclables et convertir le quart des places de stationnement de l’hypercentre en parkings à vélo sécurisés.

 

Et 3 autres sont indirectement liées à la pollution atmosphérique :

  • Financer la rénovation thermique (chauffage et isolation) de 1 000 logements par an grâce à un guichet unique sur le modèle du service de rénovation “Oktave”, combiné avec des prêts à taux zéro, dont le montant sera compensé par la réduction des frais de chauffage.
  • Instaurer un moratoire sur l’étalement urbain – y compris pour les zones commerciales – et sur la construction de nouveaux logements pour inciter à la rénovation.
  • Favoriser la renaturation de l’espace urbain (les arbres étant de véritable absorbeurs de CO2) pour diminuer la chaleur urbaine. Tout nouvel espace bétonné devra être compensé par une surface équivalente naturelle protégée.

 

Lors de notre événement du 21 mars, les participant·e·s ont également partagé leurs idées et propositions (en répondant à 2 questions : 1. Que pouvons-nous faire – individuellement – pour améliorer la qualité de l’air ? 2. Qu’attendons-nous de la ville ?) :

  • Développer une application mobile recommandant les itinéraires les moins pollués à vélo.
  • Installer dans les parcs d’indicateurs du niveau de pollution du jour.
  • Préserver la Ceinture verte de Strasbourg.
  • Planter des arbres.
  • Créer des réserves de forêt.
  • Végétaliser massivement la ville.
  • Développer les forêts péri-urbaines.
  • Limiter la capacité de l’incinérateur aux seuls déchets produits dans l’Eurométropole.
  • Consommer moins et privilégier le vrac/éviter les emballages afin de produire moins de déchets.
  • Composter ses déchets organiques.
  • Acheter d’occasion.
  • Développer le covoiturage et le nombre de véhicules partagés.
  • Privilégier les transports en commun (Tram, Bus, Train) et le vélo par rapport à la voiture.
  • Rendre gratuits les transports en commun.
  • Diminuer les déplacements professionnels en développant le télé-travail.
  • Multiplier les journées sans voiture.
  • Interdire (vraiment) les camions sur l’Avenue du Rhin.
  • Développer encore le réseau de pistes cyclables.
  • Développer la « locavore » attitude en privilégiant les circuits courts pour l’alimentation des habitant·e·s de Strasbourg et de l’Eurométropole.
  • Apprendre à cultiver ses propres légumes.
  • (Ré)apprendre à nos enfants les gestes écologiques.
  • Modifier nos styles de vie (exemple : ne plus prendre l’avion).
  • Développer la sensibilisation via les différents canaux de communication.
  • Développer les actions non violentes pour alerter sur les comportements irresponsables en terme de consommation, de transport (vélorution, plastic attack…).
  • Obliger les élu·e·s à écouter d’avantage les citoyen·ne·s que les industriels.

 

Les propositions de Greenpeace France dans le dossier de presse remis à la ville de Strasbourg et à l’Eurométropole avec la carte interactive :

L’équipe strasbourgeoise de Greenpeace vous donne RDV avec l’équipe locale d’Alternatiba samedi 6 avril de 10h à 13h place Kléber pour vous présenter la carte interactive et vous permettre de fabriquer des drapeaux, masques et porteurs de voix.

 

Si vous avez des idées et que vous souhaitez les partager, nous vous invitons à le faire en commentaire de cet article. 😉

 

Crédit Photo : Campagne de sensibilisation réalisée en mars 2018 par Strasbourg respire, Greenpeace Strasbourg et Zéro Déchet Strasbourg.

 
 

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