Quelle est la mission de l’école ? Comment transmettre ? Quels savoirs ?
 
Pourquoi ? Comment ? Quoi ? Telles sont les 3 questions essentielles auxquelles doit répondre l’éducation pour être en prise avec son époque !
 
Pourquoi ? Comment ? Quoi ? Telles sont les 3 questions incontournables que les écoles alternatives ont l’ambition de revisiter.
 
Pourquoi ? Comment ? Quoi ? Telles sont les 3 questions fondamentales que nous avons soumises aux Strasbourgeois·e·s le 6 février dernier.
Ils·elles étaient 50 à participer au premier événement public de l’aventure Strasbourg GO : « Imaginons ensemble l’Éducation de demain ! ». Nous avions sollicité 5 « innovateurs·trices » de l’Éducation pour qu’ils·elles partagent leur expérience et leurs projets de pédagogies alternatives dans l’Eurométropole :

  • Mihaela-Viorica Rusitoru, experte en politiques d’éducation tout au long de la vie dans l’Union européenne et les organisations internationales, chercheure associée aux Universités de Franche-Comté et d’Helsinki,
  • Edith Peirotes, Co-Présidente de l’École Primaire alternative «  Grandir Vert Demain » fondée sur la Pédagogie du sens de Tiphaine Linder,
  • Amandine Urso, Co-fondatrice du Collège alternatif « Les Pinsons », inspiré du système éducatif finlandais et utilisant différentes méthodes : Freinet, Montessori, Rogers…,
  • Cindy Kaercher, Co-fondatrice de l’École démocratique « NovAgora », inspirée de l’École de Sudbury.
  • Pascal Bastien, Innovateur social et Co-fondateur du « Bachelor Jeune Entrepreneur » (BJE) de l’EM Strasbourg, inspiré de la “Team Academy”, école d’entrepreneuriat créée en 1993 en Finlande, et

Inspiré·e·s par ces formidables initiatives, les participant·e·s étaient invité·e·s à imaginer l’Éducation idéale pour demain.
Les idées et propositions co-construites pendant cette soirée illustrent cet article.

 
 

Pourquoi ?

 
Quelle est la mission de l’École ? Son ambition ? Quel est l’objectif de l’enseignement ? Bien entendu, cette question du Pourquoi se pose aussi bien aux enfants à l’école, qu’aux étudiant·e·s qui évoluent dans nos Universités, nos Écoles de Commerce et nos Écoles d’Ingénieurs.

 
L’École de la République, créée au XIXème siècle, est-elle encore adaptée aux enjeux du XXIème ? Sa philosophie, sa pédagogie et ses enseignements ont été édicté·e·s au lendemain de la défaite militaire de 1870, en pleine Révolution industrielle. 150 ans plus tard, notre monde a bien changé. Notre civilisation thermo-industrielle et l’Humanité toute entière vivent un moment absolument clé où les défis à relever sont historiques. Et pourtant, l’école a peu évolué…

 
Les idées imaginées par les participant·e·s à notre événement « Imaginons ensemble l’Éducation de demain ».

  • Permettre à chaque élève de mieux se connaitre soi-même (identité, atouts, talents), d’apprendre à être, d’avoir confiance en soi, d’exprimer ses émotions, ses besoins, ses envies, ses sentiments,
  • Permettre à chaque élève de découvrir son rapport au monde et ce qu’il·elle peut lui apporter,
  • Éveiller les élèves à la coopération, au travail en équipe, au vivre ensemble, et comment fonctionner ensemble en harmonie, avoir des outils pour comprendre les autres et le monde,
  • Former des adultes et des citoyen·ne·s responsables, autonomes, confiant·e·s, épanoui·e·s et respecteux·euses,
  • Donner du sens, aider à découvrir et comprendre l’utilité de ce que l’on apprend dans la vie réelle,
  • Ouvrir à la nouveauté par rapport au contexte familial et au cercle social en se basant sur la multiplicité des individus constituant le groupe,
  • Offrir un cadre qui s’adapte à chacun·e (pour mieux intégrer les enfants « différents ») et connecté à son environnement, à la nature
  • Déconstruire la hiérarchisation des savoirs et des représentations, qui viennent des adultes

 
La mission de l’École n’est-elle pas de « forger » des citoyen·ne·s autonomes et responsables, ouvert·e·s sur le monde, respecteux·euses de leur environnement et de notre planète ? Des citoyen·ne·s engagé·e·s susceptibles d’imaginer les solutions pour relever les grands enjeux du XXIème siècle ?

 

 
 

Comment ?

 
Immédiatement après la question du Pourquoi, vient forcément la question clé du Comment : Quelle pédagogie ? Quelle méthode ? Avec ou sans cadre (programme, évaluation, devoirs…) ? Public ou privé ? Modèle classique ou alternatif ? En présentiel (dans l’enceinte de l’école, de l’université, de l’organisme de formation) ou à distance (auto-formation, e-learning, Mooc) ? En rang d’oignons ou en configuration agile ?

 
Comment permettre à nos enfants de grandir à leur rythme, de mieux se connaitre et d’exprimer leur formidable créativité ?
Quelle est la meilleure façon de transmettre ? Dans quelle configuration optimale ? Est-il vraiment pertinent de « ranger » les élèves/étudiant·e·s par classe d’âge ? Les matières, les notes, les devoirs sont-ils indispensables pour l’acquisition des savoirs ? Est-il possible de s’en passer ? Si oui, comment ?

 
Que penser des pédagogies Montessori, Freinet, Fontan ou Sudbury ? Ou du modèle Finlandais ? Quelle est la philosophie de leurs pédagogies ?
Fondés sur l’apprentissage naturel, la liberté, la bienveillance, l’interdisciplinarité, la créativité, la coopération et l’entraide inter-âges, les systèmes éducatifs alternatifs ont depuis quelques années le vent en poupe, malgré un coût assez élevé pour les familles en l’absence de subventions.
Au menu (et oui difficile de parler de programme, lorsqu’il n’y en a plus vraiment, en tout cas pas comme l’entend l’Éducation Nationale) : Yoga, méditation, art dramatique, ouverture sur la nature, l’environnement et la citoyenneté, respect des rythmes de l’enfant et de l’adolescent, pratique artistique et ouverture culturelle… l’immersion et l’expérimentation remplacent les cours et les matières. Et l’erreur est considéré comme moteur d’apprentissage !

Les écoles alternatives de l’Eurométropole (Grandir Vert Demain, Les Pinsons et NovAgora) partagent cette approche fondée sur la confiance, la coopération et l’entraide, le mélange inter-âges (comme dans n’importe quelle organisation humaine !) formidable source de richesse, la curiosité et la créativité, le respect des rythmes de l’enfant avec des plages horaires plus souples et adaptées aux enfants et aux ados, le respect de l’autre dans ses différences et la communication non violente. Le travail en mode projet l’emporte aussi sur la succession des matières bien distinctes les unes des autres. À noter aussi que les configurations qu’elles ont adoptées sont agiles et non figées. Sans oublier que les adultes (enseignant·e·s, encadrants ou facilitateurs·trices) apprennent autant des enfants que la réciproque et que les décisions se prennent ensemble.

Ces écoles se caractérisent également par le souci d’adapter la méthode à chaque enfant en fonction de ses besoins. C’est là que réside toute la différence entre l’équité et l’égalité, prônée par l’École de la République, comme l’a judicieusement souligné Mihaela-Viorica Rusitoru, experte en politique d’éducation, le 6 février.

 
Est-ce à l’enfant de s’adapter à l’École ou à l’École de s’adapter à l’enfant ?
Comment as-tu raisonné ? Quel est ton besoin ? Et si nous apprenions à poser les bonnes questions aux enfants comme nous invite à le faire Isabelle Peloux, Professeur des écoles, formatrice à la relation entre l’enseignant et l’enseigné et Responsable de la pédagogie de l’École du Colibris au sein du Centre d’agroécologie Les Amanins, fondé par Pierre Rabhi.

 

Ashoka Talks « Redessinons l’éducation » – Isabelle Peloux de L’Ecole du Colibri

 
L’école démocratique NovAgora et le « Bachelor Jeune Entrepreneur de l’EM Strasbourg » cassent complètement les codes en offrant une liberté absolue à leurs élèves/étudiant·e·s. Les adultes y adoptent une posture de facilitateur·trice ou de coach à la disposition des élèves/étudiant·e·s en fonction de leurs besoins.

 
Ramïn Farhangi, fondateur de l’École Dynamique à Paris et parrain de NovAgora, présente l’École Démocratique non pas comme une école alternative, mais comme une alternative à l’école ! Ni cours, ni prof, ni note, ni devoir… chaque enfant est libre de choisir l’activité de son choix et d’apprendre à son rythme.

 

Pourquoi j’ai crée une école où les enfants font ce qu’ils veulent ? Ramïn Farhangi – TedX Saclay 2016

 
Les idées imaginées par les participant·e·s à notre événement « Imaginons ensemble l’Éducation de demain ».

L’enfant dans sa singularité

  • Laisser l’enfant libre, faire confiance à l’enfant, à son instinct, à ses capacités, le considérer comme un·e adulte,
  • Prise en compte de l’enfant dans sa globalité, qui est-il·elle ? Supprimer les notations, la compétition, sortir de la logique absolue du diplôme, l’intelligence ne se mesure pas uniquement à travers des notes, un diplôme. Un diplôme n’est pas égal à l’intelligence. Il y a différentes formes d’intelligences (logico-mathématique, linguistique, corporelle-kinesthésique, spatiale, musicale, naturaliste, intrapersonnelle, interpersonnelle/émotionnelle, existentielle/spirituelle)
  • Adapter la méthode aux besoins de chaque enfant (équité ≠ égalité > la même méthode pour tou·te·s). Problème des enfants hauts potentiels ou différent·e·s : peu pris·e·s en charge dans le système classique (coté uniformisant de l’école).
  • Cultiver le bien être (yoga, méditation, taïchi…),

 

 
 
L’enfant dans son rapport à l’autre

  • Développer la discussion, le collaboratif/coopératif, le travail en mode projet où chacun·e collabore,
  • Créer un sentiment de solidarité, de cohésion, d’entraide entre les enfants,
  • Éveiller à la communication bienveillante/non violente et au respect de l’autre,
  • Respecter les singularités, éviter la soumission,
  • Privilégier la diversité des élèves et le mélange des âges (adultes, jeunes, personnes âgées à l’image d’une petite société),
  • Favoriser la socialisation et l’engagement citoyen des élèves avec tâches ménagères, cuisine, jardinage, potager…

Comment apprendre

  • Apprendre différemment : pas derrière une table, être acteur·trice, apprendre avec ses mains, pas que le mental,
  • Les savoirs ne sont pas essentiels : leur apprendre à apprendre,
  • Apprentissage par l’action et l’expérience, par le jeu,
  • Développer le lien avec la nature,

Le lieu 

  • Quel espace de travail ? Est-ce qu’un changement dans la configuration/salle impulse un changement dans l’éducation ?
  • Privilégier les espaces modulables aux salles de classe traditionnelles,
  • Fonctionner en mode ateliers plutôt que classe, donner le choix entre des ateliers permissifs / libertaires ou ateliers dirigistes, plus structurés,
  • Un environnement riche avec des débats, où chacun·e s’exprime pour un objectif commun, projet matériel ou immatériel,

 
La question du lieu est essentielle et impacte nécessairement la transmission et l’acquisition. Quelle configuration adopter pour mettre en ébullition les cerveaux de nos enfants et de nos étudiant·e·s ? L’apprentissage se fait-il mieux assis ou debout ? Dans une salle fermée ou un lieu ouvert ? Connaissez-vous l’incroyable École maternelle de Tokyo imaginée par l’architecte Takaharu Tezuka ? Regardez donc cette vidéo, vous n’allez pas en croire vos yeux ! 😉

 

 
 
L’accompagnement des enseignant·e·s

  • Formation des enseignant·e·s à différentes formes de pédagogie et notamment les pédagogies alternatives, connaitre les différents canaux d’apprentissage,
  • Mettre les adultes en situation d’apprenant·e·s,

La question financière

  • Comment composer avec le frein financier ? Les écoles alternatives n’ont pas d’aide, il faut attendre 5 ans avant qu’elles puissent passer sous contrat. Veiller à ce que les écoles alternatives soient évaluées pour éviter certaines dérives dûes à un effet de mode. Mais comment et par qui ? Ecole idéale : gratuite pour tou·te·s (quel que soit la typologie, classique ou alternative), idem transports et cantine gratuit·e·s.

Sur cette question financière, il nous semble pertinent d’envisager de quelle manière une municipalité peut aider ces écoles alternatives pour permettre leur accessibilité au plus grand nombre et sortir de l' »élitisme » financier induit par l’absence de subventions les 5 premières années.

 
 

Quoi ?

 
Enfin, nécessairement, surgit la question du Quoi : Quel contenu ? Quels savoirs ? Quelles compétences ?
Connaissances académiques pures ou aussi savoir faire et savoir être ? Les savoirs « ancestraux » sont-ils toujours adaptés alors que la planète va de plus en plus mal et que l’avenir s’assombrit ?

 
Quelles seront les compétences les plus utiles demain ?

Savoir coder, analyser et faire parler la data, piloter un drone, réparer un robot, interagir avec l’IA ou… maitriser la permaculture et être un as du Do It Your Self pour devenir autosuffisant·e et résilient·e ?

 
Les idées imaginées par les participant·e·s à notre événement « Imaginons ensemble l’Éducation de demain ».

Le Savoir-être

  • Développer l’intelligence émotionnelle, l’empathie, apprendre à exprimer ses émotions, à les verbaliser,
  • Adopter un regard critique sur soi-même et sur les autres, sur les écrits et sur l’information,
  • Développer la capacité d’analyse, sous différents angles, le questionnement, la philosophie, l’esprit critique,
  • Promouvoir la responsabilité, le sens du partage, l’éthique collective / individuelle, humaine, la résilience,
  • Favoriser l’aisance à s’exprimer, la créativité et l’imagination, les compétences « cerveau droit »,
  • Savoir avoir des projets, des passions,
  • Accepter / apprécier l’inactivité, l’ennui et la gestion de son temps libre, alterner temps collectif, temps de travail autonome, avoir du temps d’ancrage,
  • Veiller à son bien être : lien corps / esprit, méditation / philosophie, méthode de relaxation / gestion des émotions,

Le rapport à l’autre

  • Apprendre à vivre en groupe et à s’intéresser à l’autre,
  • Éveiller à la démocratie (sociocratie, holacratie, 1 personne = 1 voix…), à l’équité, à l’éducation civique (ex : tous les matins questions de philosophie et dialogue),
  • Découvrir la communication non violente et appréhender la gestion des conflits,
  • Encourager le partage de compétences : inclusion des parents, multi-âge…

L’apprentissage autrement

  • Alléger la charge d’apprentissage (par cœur, sur court terme),
  • Développer la pédagogie par les sens, le toucher, l’expérimentation,
  • Encourager l’expérimentation et donc l’erreur, plutôt que de la sanctionner par un système de notation,
  • Développer les activités manuelles, artistiques (théâtre, danse), le jardinage (rapport à la terre et au produit), le codage (IA), inclure les activités extra-scolaires dans le système scolaire,
  • Faire entrer la nature dans la pédagogie (cailloux, jardinage, permaculture), retour à la terre, cela passe par le contenu de l’assiette, contact à l’environnement, mettre en place des jeux de rôles pour incarner les différents protagonistes d’une situation (ex : la ferme écologique de demain, les abeilles avec une reine mère… ),
  • Repenser la méthode d’éducation sur la position de l’enfant qui est aujourd’hui statique et ne le devrait pas : s’adapter à l’enfant, assis·e, couché·e, debout…

 
À l’école « Grandir Vert Demain », les enfants cuisinent tous les jours pour préparer leur déjeuner et font tout naturellement l’acquisition de toutes formes de compétences (calcul, coopération…).
 
Au Collège « Les Pinsons », l’apprentissage se fait pendant 15 jours autour d’un projet et débute par une visite « hors les murs » d’un·e artisan·e, d’un·e artiste ou d’une association. Puis, le projet est appréhendé sous différents angles (historique, géographique, scientifique, linguistique, artistique…) et avec différentes approches (compte-rendu de la rencontre, visionnage d’un film, visite à la médiathèque pour trouver des ouvrages relatifs à la thématique et réalisation d’une fiche de lecture, arts plastiques…).

 
Vous avez sans doute entendu parler du livre « Les voies naturelles de l’enfant » de Céline Alvarez. Mais connaissez-vous vraiment l’expérimentation audacieuse qu’elle a menée autour de l’apprentissage naturel et les résultats étonnants qu’elle a obtenus ? Céline Alvarez a beaucoup inspiré l’école « Grandir Vert Demain ».

 

 
 
Enfin, ne serait-il pas temps d’introduire d’urgence dans les programmes de toutes nos écoles (maternelles, primaires, collèges, Lycées, Universités, Écoles de commerce et d’ingénieurs…) des contenus relatifs au dérèglement climatique, à l’épuisement des ressources naturelles, aux dégâts causés par la pollution plastique ou à l’effondrement de la biodiversité ?
La réponse à cette question semble évidente et elle répond, comme nous le verrons dans un prochain article, directement à une exigence de plus en plus grande du côté des différent·e·s acteurs·trices du monde éducatif. Les élèves tout comme les enseignant·e·s commencent même à se mobiliser dans les différents pays pour impacter la politique écologique de leurs gouvernant·e·s !
 
 
Crédit Photo : Film « Une idée folle » de Judith Grumbach
 

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